16.06.2016

« Rêv’Elles permet aux jeunes femmes des milieux populaires de devenir actrices de la société dans laquelle elles évoluent. »

« Rêv’Elles ton potentiel », un projet sélectionné dans le cadre du concours « S’engager pour les quartiers » et qui a remporté le prix Insertion professionnelle, vise à accompagner des jeunes femmes de quartiers modestes dans la définition et la réalisation de leur projet professionnel. Retour avec Athina Marmorat, fondatrice de l’association Rêv’Elles, sur les missions et les objectifs de ce programme.
Crédits photo : Dilan Pozza

Depuis 2013, 158 jeunes femmes ont déjà participé au projet d’accompagnement. Comment ce projet est-il né ?

Je suis consultante en innovation pédagogique. J’interviens depuis des années auprès des jeunes à la demande d’associations ou d’écoles. Lorsque je demande aux jeunes femmes quels métiers elles veulent faire, ce sont toujours les mêmes réponses : assistante de direction, puéricultrice, infirmière... En les questionnant, j’ai compris qu’elles ne choisissaient pas ces voies par passion et qu’elles ne savaient même pas forcément en quoi ces métiers consistent en réalité. Ce sont simplement les métiers qu’exercent les femmes de leur entourage.

Une étude que j’ai réalisée en 2012 m’a permis de mieux comprendre les causes de ce phénomène. Les jeunes femmes, plus particulièrement celles issues de milieux modestes, souffrent de manques qui les empêchent d’envisager un parcours correspondant à leurs ambitions et leur personnalité : un manque d’estime de soi et une auto-censure résultant en partie de leur environnement socioculturel, des difficultés à identifier leurs forces et à exprimer leurs rêves, un manque de modèles identificatoires qui pourraient leur servir d’exemple et influencer positivement leur trajectoire, une tendance à s’inhiber en présence de garçons de leur âge dans les cadres mixtes.

C’est suite à ce constat que j’ai créé le premier parcours « Rêv’Elles ton potentiel » en avril 2013. Depuis, les sessions se sont multipliées, et nous en réalisons maintenant 3 par an, pendant les vacances scolaires d’octobre, février et avril, et le nombre de participantes par session ne cesse d’augmenter. Nous projetons pour octobre 2016 de lancer le premier parcours avec 40 participantes !

En quoi consiste votre projet ? Pourquoi avez-vous décidé de participer au concours « S’engager pour les quartiers » ?

La mission de Rêv’Elles est d’inspirer, de motiver, d’accompagner les jeunes femmes de milieux populaires dans leur épanouissement personnel et professionnel et de leur permettre de devenir actrices de la société dans laquelle elles évoluent. Nous leurs proposons différents programmes qui respectent 5 principes clés :

  • Un espace exclusivement féminin pour favoriser les échanges
  • Un suivi collectif et individuel, pour lever tous les freins
  • Une pédagogie expérientielle et des méthodes participatives pour les rendre actrices de leur parcours
  • Des activités dans des lieux prestigieux pour élargir les horizons
  • Des témoignages de mentors, appelés « rôles modèles » pour inspirer et donner envie

Le Parcours « Rêv’Elles ton potentiel » est le programme par lequel commence l’accompagnement. Pendant 5 jours, les participantes vont prendre confiance en elles, apprendre à se connaître, découvrir le monde de l’entreprise et ses codes, s’initier à la communication en public. L’objectif est qu’à la fin de la semaine elles aient en tête les bases d’un projet professionnel qui leur corresponde réellement ainsi que les outils et le réseau qui leur permettront de le concrétiser. Elles pourront ensuite s’inscrire à d’autres programmes comme les journées « Rêv’Elles-moi ta vie de… », pour découvrir un métier en particulier, les cafés Rêv’Elles, pour échanger sur le pouvoir d’agir au féminin …

Nous avons participé au concours « S’engager pour les Quartiers » car ses objectifs vont dans le même sens que les nôtres. Ce concours était destiné aux actions ancrées dans les quartiers rénovés ou en rénovation, or c’est de là que vient une grande partie des participantes au Parcours. Le concours soutient des actions co-construites avec des partenaires locaux. Nos programmes fonctionnent grâce à un travail commun, des associations de quartier aux missions locales, des bailleurs sociaux qui encouragent leurs bénéficiaires à s’y inscrire aux entreprises qui accueillent les participantes lors des journées de découverte et qui sont un vivier de personnes aux parcours inspirants et de mentors.

En quoi aider ces jeunes représente un enjeu essentiel pour vous ?

En France, les métiers continuent à être genrés et les femmes à se heurter au plafond de verre. Dans son rapport de 2015, le Haut Conseil à l’Egalité entre les Hommes et les Femmes nous indique que dans les professions comme secrétaire, aide à domicile, aide-soignante ou assistante maternelle, 90% des effectifs sont féminins. Dans les ZUS, ces inégalités sont encore plus flagrantes: 55% des femmes y sont non-diplômées contre 12% ailleurs et 49% des filles scolarisées dans le secondaire sont orientées vers le professionnel, contre 27% ailleurs. Le genre comme l’origine sociale ou géographique sont encore trop déterminants dans l’orientation des jeunes et par extension dans le développement de leur carrière professionnelle. En aidant ces jeunes femmes, nous souhaitons rétablir l’égalité des chances.

Suivez-vous les parcours des filles après leur sortie du programme ? Quels résultats avez-vous pu constater suite à l’accompagnement que vous leur offrez ?

Nous accompagnons les participantes aussi longtemps qu’elles en ont besoin, maintenant contact avec elles par téléphone, par mail et par le biais des associations qui nous les ont « adressées ». Outre les autres programmes qui leurs sont proposés à l’issue du Parcours, elles peuvent joindre les rôles modèles à tout moment si elles ont besoin d’aide pour passer un examen, trouver un stage ou même simplement si elles ont besoin de parler, d’être conseillées ou reboostées. En intégrant la communauté Rêv’Elles, elles peuvent également participer à des événements et des rencontres sur les femmes dans l’art, la politique, le sport et s’investir dans l’association en rédigeant des articles, en réalisant des interviews, etc. C’est l’occasion pour elles de rencontrer les participantes aux autres sessions, de découvrir de nouveaux horizons et de prendre part au développement de Rêv’Elles. Nous profitons de ces rencontres pour échanger avec elles et faire le point sur leur évolution et leurs besoins éventuels.

Nous avons noté chez les anciennes participantes une nette augmentation de leur confiance en elles et de leur investissement dans leur projet. Certaines ont repris les cours après les avoir arrêtés, d’autres ont nettement augmenté leur moyenne générale, se sont investies dans des projets associatifs, ont changé leurs projets d’études pour des filières plus ambitieuses et/ou plus en accord avec leur personnalité, ont sollicité des stages auprès des rôles modèles et des entreprises partenaires. On voit que ça marche et cela nous donne envie de continuer à soutenir ces jeunes femmes.