09.05.2017

"Détourner les clichés liés aux Hlm avec poésie et délicatesse"

Dramaturge et auteure de fictions radiophoniques, Adeline Picault signe sa première réalisation cinématographique avec "Gardiennes", sélectionnée pour le concours Hlm sur cour(t). Un film axé autour de thèmes qui lui sont chers : l’amitié, l’adolescence, ses rêves et ses ruptures. Rencontre avec la réalisatrice de "Gardiennes".
Sur le tournage de "Gardiennes".

Comment avez-vous été amenée à participer au concours Hlm sur cour(t) ?

C’est mon amie Valérie Leroy, lauréate du grand prix 2016 avec son film "Le Grand Bain", qui m’en a parlé. Nous faisons partie du même collectif de scénaristes et réalisateurs, le Tuesday collectif auquel participe aussi Stéphane Ly-Cuong, réalisateur de "Feuilles de printemps", lauréat de l’édition 2015. Ce concours me semblait être un véritable tremplin. Preuve en est puisque je viens d’apprendre une bonne nouvelle : Arte a pré-acheté mon film !

Le fait de pouvoir construire un film en moins d’une année m’a beaucoup intéressée. Le court-métrage ne me paraissait pas être un format simple mais j’ai trouvé le projet très concret et cohérent dans le cadre de "Hlm sur cour(t)".

Je trouvais très intéressant de manier les clichés liés aux Hlm et de les détourner avec poésie et délicatesse. C’est tout le défi du concours : trouver l’angle qui permette à la fois d’exposer une vision très concrète du Hlm tout en la désaxant.

Pourquoi, en tant que réalisatrice, vous semble-t-il important de parler du logement social ?

C’est un thème tellement médiatisé. Ma meilleure amie vivait en Hlm. J’ai passé beaucoup de temps à traîner, adolescente, au milieu des tours, mais je n’y ai jamais vécu. Pourtant j’avais envie de tenir un propos artistique et engagé à ce sujet. Je crois que ma génération doit sensibiliser sur les sujets forts, brûlants et douloureux de notre société. La presse a aussi un rôle à jouer mais je pense qu’il faut toujours un contrepoids artistique.

Que souhaitez-vous montrer au spectateur à travers le film ?

C’est une histoire, personnelle, que je voulais partager depuis longtemps. Je voulais raconter une amitié féminine fusionnelle entre deux adolescentes qui se trouvent en pleine évolution, qui essayent de grandir presque malgré elles et qui vont vers un affranchissement.

Plus largement, je voulais montrer que dans les Hlm, trop souvent associés à la violence, au deal et à l’illégalité, la subversion pouvait être plus jolie que ce que l’on imagine. Dans "Gardiennes", la subversion c’est l’éveil amoureux, plutôt que la violence. J’avais envie d’un endroit où l’on dealait des baisers plutôt qu’autre chose. La vraie subversion et l'ultime transgression, c'est l'amour.

Comment s’est déroulé le tournage au sein de la résidence Hlm ?

Ce cadre a été très inspirant. Les scènes de vie auxquelles nous avons assisté sur place nous ont donné plusieurs idées pour le film. Nous avons pu échanger avec de nombreux habitants qui nous ont intégrés à leur espace et que nous avons, nous aussi, intégrés au film en tant que figurants. Lorsque j’ai fêté mes 35 ans sur le tournage, des habitants sont venus spontanément m’offrir des petits cadeaux, des chocolats… Des habitants qui avaient entendu, depuis leur fenêtre, qu’on chantait pour mon anniversaire… C’était touchant.

Votre regard sur le logement social a-t-il évolué depuis le tournage ?

Non car je n’avais pas d’idées préconçues. J’y suis allée dans une optique heureuse, dynamique. Ce que j’espère par contre, c’est que le film permettra de faire évoluer le regard des spectateurs. C’est ça qui est important pour moi et c’est d’ailleurs la mission du concours "Hlm sur cour(t)" : soulever des questions et ouvrir des fenêtres…