18.05.2017

"Un tournage en totale cohésion avec les habitants"

Après plusieurs films à son actif, le réalisateur Frédéric Zamochnikoff fait partie des 3 lauréats du concours Hlm sur cour(t). Son court-métrage, "Vis-à-vis", tourné dans une résidence de Paris Habitat, souhaite interroger les apparences et revenir sur les thématiques de l’échange et de la tolérance.

Comment avez-vous été amené à participer au concours Hlm sur cour(t) ?

J’ai été lauréat 2016 du dispositif Trio pour mon film Un discours pour les forts. Trio est porté par la Maison du Film court et son délégué général Richard Sidi. C’est lui qui m’a parlé de Hlm sur cour(t) à ce moment là. Je me suis lancé au dernier moment, je lui ai fait confiance et je ne le regrette pas !

Pourquoi vous semble-t-il important de parler du logement social en tant que réalisateur ?

Le logement social, pour moi, c’est le rapport à l’autre. Et aujourd’hui le rapport à l’autre est plus que jamais remis en question. Peut-on faire confiance ? N’est-on pas pétri de méfiance et de clichés ? J’avais envie de parler de la façon dont on se trompe sur l’autre, ce qui arrive souvent, en bien comme en mal.

Que souhaitez-vous montrer au spectateur avec "Vis-à-vis" ?

J’avais lu les 10 idées reçues sur les Hlm et j’avais donc envie d’être dans l’anticliché en termes de lieu, afin d’éviter de représenter les Hlm tels qu’on se les imagine. Pour moi, le rapport à l’autre s’édifie à partir des idées que l’on s’en fait. Ce rapport est donc fantasmé et j’ai très vite senti que je devrais situer mon film dans un genre tel que le thriller. À partir de là, mon message était clair : jouer sur les faux semblants pour réaffirmer avec force que nous ne devons pas tirer de conclusions hâtives sur autrui. Apprenons à bien regarder les autres, à ne pas juger tout de suite, à rester ouverts. C’est très important pour moi.

Comment s’est déroulé le tournage au sein de la résidence Hlm ?

Une même scène devait se réaliser à l’origine dans trois appartements différents ! C’était sportif mais le tournage s’est déroulé de façon idyllique. Nous avons fait du porte-à-porte pour demander l’autorisation à des habitants de tourner chez eux et avons eu la chance de trouver des appartements qui nous convenaient. Un couple nous a même laissé tourner, déposer notre matériel et manger dans leur cuisine... Il y a eu une vraie entente. Nous avons travaillé en totale cohésion avec les habitants sur le tournage du film.

Votre regard sur le logement social a-t-il évolué depuis le tournage ?

C’est mon regard sur les gens qui y vivent qui a évolué. Le film affirme que le lieu est facteur de cohésion sociale. Sur le tournage, cela s’est passé de la même façon. J’ai découvert une véritable richesse humaine, à l’instar de Madame B., une femme d’une soixantaine d’années à qui je demande, dans la rue : "Vous habitez là ? Est-ce que je peux vous suivre et venir chez vous ?" et qui toute seule, sans crainte, m’ouvre la porte de son appartement. Il existe encore des gens qui n’ont pas de méfiance, qui sont dans une beauté d’âme, dans un partage. Ils n’ont pas de clichés, pas d’idées reçues, arrêtées ou préconçues. Et ça, c’est extraordinaire.