18.06.2018

Conférence « Habitat : l’innovation et l’expérience » : interview de Jérôme Rollin, urbaniste et chercheur

Interview de Jérôme Rollin, urbaniste à l’Atelier des Pratiques plurielles de la Ville et chercheur associé au Lab’Urba.

Participation à des incubateurs de start-ups, prise en charge d'expérimentations urbaines, innovations techniques apportées aux logements produits ou réhabilités ou encore mobilisation de l'innovation sociale dans le champ de la concertation, les exemples de participations d'organismes Hlm dans ce qui est appelé aujourd'hui les pratiques d'innovations urbaines, ne manquent pas. Mais ces organismes, se doivent de se démarquer des autres opérateurs urbains qui se positionnent également dans ces champs d'intervention. En effet, les Hlm ne deviendront réellement des terres d'innovations que si les organismes adaptent leurs choix, dispositifs et processus techniques aux modes de vie locaux. Plus qu'un acquis, l'innovation est en fait un réel défi lié à une nécessaire mutation des pratiques professionnelles.

1/ Jérôme Rollin, vous êtes urbaniste à l'Atelier des Pratiques Plurielles de la Ville, que vous avez créé récemment, et par ailleurs chercheur associé au Lab'Urba. Le 25 juin durant la Semaine nationale des Hlm, vous intervenez à l'Union sociale pour l'habitat sur le thème du lien entre l'innovation et l'expérience. Pour vous, envisager d'innover suppose d'abord de savoir mobiliser des connaissances particulières. Pouvez-vous nous décrire l'enjeu de méthode que cela soulève ?

Les connaissances particulières dont je parle sont liées aux modes de vie, aux pratiques et représentations des habitants. Les territoires sont en effet façonnés par des usagers aux pratiques multiples et complexes. Ils évoluent parallèlement dans différentes sphères sociales et développent des imaginaires variés, ce qui a une influence sur leur façon de vivre en ville.

S’inquiéter de la valorisation de ces savoirs n’est pas forcément une nouveauté mais leur traduction dans les projets d’urbanisme n’est guère présentée comme un enjeu démocratique. Bien menée, cette démarche peut pourtant renouveler, parfois contrarier, mais surtout affiner la vision qu’ont les acteurs des enjeux sociétaux sur un territoire. La méthode consiste donc à créer les conditions favorables à la production et à l’intégration de ces connaissances dans les projets urbains et dans la gestion de la ville.
 

2/ Il n'est un secret pour personne que le succès des projets d'habitat dépend de leur insertion dans un territoire, dans l'histoire et le dessein d'une ville, c'est-à-dire une adéquation subtile entre le bâti et l'humain, entre les lieux et les habitants... La concertation est une étape désormais indispensable de tout processus de projet d'aménagement, mais à l'image d'un jeu d'acteurs bien rôdé ? Ne devrait-on pas aussi questionner son fonctionnement habituel pour aller plus loin dans la recherche de qualité ?

Il existe déjà des expériences qui vont très loin dans la concertation lors de projets urbains par exemple. Elles se basent d’ailleurs sur des méthodes plus ou moins innovantes mais peu importe, ce qui compte c’est le résultat. Elles ont toutes l’exigence de la proximité, de l’immersion régulière sur les territoires, de la connaissance très fine des habitants. En revanche, il y a beaucoup plus de difficultés à intégrer l’ensemble de ces connaissances venant des habitants dans les projets d’habitat. De sorte que, s’il y avait un enjeu de citoyenneté à retenir, ce serait d’arriver à mobiliser l’ensemble des acteurs dans un urbanisme prenant en compte les modes de vie.

Dans ce cadre, les acteurs traditionnels, je veux dire traditionnels par leur statut professionnel ou institutionnel, doivent accepter de voir leur travail bousculer en amont des projets par exemple. Si cela peut paraître inconfortable au premier abord, c'est surtout une façon de mieux prendre en compte la vie et l'avis des habitants. Et donc de réduire l'incertitude des projets.