Les Hlm ont toujours été à la pointe de l’innovation architecturale

Interview de Cécile Sémery, responsable du département architecture et maîtrise d’ouvrage de l’Union sociale pour l’habitat.

1/ Dans un contexte de transition énergétique, environnementale et numérique, les logements sociaux font preuve d’une capacité d’innovation architecturale sans limite. Selon vous, quel est le principal défi pour le secteur Hlm en la matière ?

Les performances énergétiques et environnementales ont des impacts importants sur l’architecture des bâtiments. Les bâtiments d’aujourd’hui se distinguent des bâtiments construits sous l’empire des réglementations thermiques moins exigeantes. Les transitions numériques, énergétiques et environnementales se chevauchent et évoluent. Il s’agit de les mener de front, de trouver des convergences au service de la qualité de vie et d’usage. Le BIM peut aider à analyser le cycle de vie du bâtiment. Il y a parfois des antagonismes à gérer comme le fait de vouloir être à la fois technique, connecté et frugal. Ces mutations en rencontrent d’autres plus sociétales, comme l’émergence de besoins de flexibilité dans le logement, de services ou de nouveaux types d’espaces. La typologie des logements, en lien avec les modes de vie, et la relation à l’espace extérieur urbain ou rural demeurent des axes d’innovation architecturale importants. L’enjeu est de répondre de manière spatiale en intégrant ces différentes dimensions tout en pensant à la durabilité du logement, à sa capacité à traverser le temps, à répondre aux attentes en termes d’usages, et à anticiper les évolutions de demain.

L’innovation est un terme très à la mode mais les Hlm ont toujours été à la pointe de l’innovation architecturale. Et elle ne concerne pas que la production nouvelle ! Les transitions qui sont à l’œuvre concernent également le patrimoine bâti. C’est un enjeu architectural que de faire passer un parc des logements, parfois de grande qualité, porteurs d’innovations passées, dans une nouvelle ère : durable, connecté, flexible...
 

2/ Quelles sont les principales actions que le Mouvement Hlm met en place pour favoriser le développement de l’innovation architecturale dans le secteur ?

Le Mouvement Hlm accompagne les grandes innovations dans le domaine de la construction. Sa présence dans trois les plans de l’État (PACTE, PTNB, PRDA) en témoigne. Chacun de ces plans visent à développer des innovations permettant de répondre aux enjeux majeurs que chacun d’eux se sont fixés. L’Union fait le relais des travaux qui y sont conduits, fait des propositions, anime des expérimentations… C’est le cas de l’expérimentation E+C-, de l’Atelier BIM Virtuel… Les organismes Hlm construisent des logements qu’ils gèrent dans la durée. Ils disposent d’un savoir-faire spécifique de maîtrise d’ouvrage et de gestion qui leur permet de porter ces innovations et de les évaluer. C’est essentiel, car elles ont pour objet d’être répliquées massivement dans un délai relativement court.

L’Union accompagne également d’autres innovations émergentes, comme l’impression 3D, le réemploi de matériaux, l’économie circulaire, les logements connectés, la réversibilité des logements…

Le deuxième appel à projets « Architecture de la transformation » lancé à l’initiative de la Caisse des Dépôts et de l’Union sociale pour l’habitat, que les Fédérations soutiennent, de même que le Ministère de la Cohésion des Territoires, le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire et le Ministère de la Culture, permet ainsi d’incuber à la manière des start up des solutions innovantes. Ces innovations concernent autant l’organisation des projets que des aspects très techniques comme le développement de structure de bâtiment, ou l’utilisation de matériaux nouveaux. Des ATEX (avis techniques expérimentaux) ont ainsi pu être déposés dans ce cadre. C’est assez rare dans le logement social. Il y a une vraie envie d’être précurseur chez les organismes.

L’USH et les organismes sont aussi partenaires de longue date du Plan Urbanisme Construction Architecture, autre acteur historique de l’innovation architecturale. Aujourd’hui le programme REHA est toujours actif, et il met en valeur les capacités de transformation des bâtiments dans un souci de qualité architecturale et environnementale. Avec CQFD, ces programmes ont d’ailleurs permis de montrer que la conception réalisation n’est pas du tout incompatible avec la qualité architecturale.

Enfin, les organismes sont propriétaires de logements remarqués qui ont pu marquer l’histoire de l’architecture, parfois labélisés au titre du patrimoine du XXème siècle, parfois inscrits au patrimoine de l’UNESCO, ou encore situés dans des périmètres de protection… L’USH est impliquée auprès du Ministère de la Culture pour mettre en lumière les possibilités d’interventions dans ces contextes, dans le respect de la qualité architecturale et urbaine mais également dans le souci de faire vivre ce patrimoine bâti, de conserver ses qualités d’usages, renouveler son attractivité… dans des conditions économiques viables pour les organismes. Ces problématiques sont particulièrement sensibles en territoires détendus. Certaines actions visent à expérimenter par une organisation innovante de projets des solutions constructives, qui pourraient être répliquées.

Dans ces partenariats, il ne s’agit pas seulement de produire des éléments documentaires, mais bien d’accompagner des expérimentations sur des projets construits.

Et cette année, pour la première fois, et de manière tout à fait naturelle, l’innovation architecturale est présente en tant que telle dans les Trophées de l’innovation Hlm.
 

3/ En quoi la Semaine nationale des Hlm est-elle importante sur ce sujet ? Mettez-vous une ambition particulière derrière cet événement ?

La Semaine nationale des Hlm est une occasion de faire connaitre le monde Hlm sous un autre angle. La qualité architecturale des logements sociaux est reconnue dans le milieu professionnel. Elle ne l’est peut-être pas toujours du grand public. Cet événement est l’occasion de mettre en valeur des lieux de vie de qualité que les organismes Hlm s’emploient à créer et à gérer.